YouTube et diversité culturelle

YouTube et diversité culturelle

Plateformes d’hébergement de vidéos et diversité audiovisuelle

Synthèse de l’étude (mars 2014)

La puissance disruptive des technologies numériques éveille de nombreuses et légitimes inquiétudes. Alors que la plupart des anciens équilibres économiques sont bouleversés, nombreux sont ceux qui craignent que les conditions d’existence des biens culturels, pourtant nécessaires à notre société, ne soient plus remplies. Souffrant d’un problème chronique de financement et fragile par nature, la culture connaît, avec l’arrivée d’Internet, une profonde remise en cause de ses canaux traditionnels de création et de diffusion. S’agit-il d’un déclin qu’il faut déplorer ou d’une simple transformation qu’il convient de comprendre et d’accompagner ?

Nous avons cherché dans cette étude à apporter un élément de réponse à cette vaste question. La vidéo — au sens large — tendant à devenir la première forme de consommation culturelle au monde, il nous a semblé qu’une façon pertinente d’aborder la question était de chercher à évaluer l’impact sur la culture des plateformes hébergeant des vidéos, ces dernières représentant la forme la plus novatrice et dynamique d’échanges de vidéos. En tant que plus importante plateforme dans le monde, YouTube s’est naturellement imposée comme un cas exemplaire.

Dans un premier temps (I-A), il nous a semblé nécessaire de partir des objectifs affichés de la politique française de soutien à la culture. Il nous est apparu que la diversité était l’objectif fondamental de toutes les actions de soutiens à la culture : notre civilisation, fondée sur le respect des droits des individus et la liberté de chacun à s’autodéterminer, fait de la plus grande diversité possible des expressions culturelles ­— qui elles-mêmes sont des expressions de notre condition d’être humain — un but en soi.

L’idée de diversité étant plus facile à justifier qu’à définir, nous avons ensuite cherché à établir, dans le cas des vidéos, les différents critères concrets d’évaluation de ce que pourrait être la diversité culturelle. Nous avons ainsi proposé différents critères correspondant à chaque élément de la chaîne de valeur de la création culturelle — processus de création et réalisation, caractéristiques de l’œuvre, réception —, chacun ressortissant à l’une des trois dimensions de l’idée de diversité que nous avons identifié : variété, disparité et équilibre.

Dans une seconde sous-partie (I-B), nous avons rappelé combien la vidéo s’imposait comme le produit culturel le plus caractéristique de notre temps. La « civilisation de la vidéo » qui s’établit peu à peu se caractérise par une consommation plus forte que jamais des différents médias qui se conjuguent sans se remplacer et deviennent accessibles en permanence à travers maints dispositifs techniques : ordinateur, TV, smartphone, tablettes… Les modes de consommation s’affranchissent des contraintes traditionnelles de temps, de lieu et de mode de réception. C’est dans ce contexte qu’émerge une forme radicalement nouvelle d’offre audiovisuelle : les plateformes d’hébergement. Nous rappelons combien les sites tels que YouTube sont différents des formes traditionnelles d’offre vidéos : film, TV et VOD. YouTube reste essentiellement et avant tout un site d’échange de vidéos amateurs gratuites.

 

Dans la seconde et dernière partie de notre étude, nous montrons que l’écosystème d’une plateforme d’hébergement telle que YouTube a de toute évidence un effet positif sur la diversité culturelle, tous les critères préalablement identifiés étant satisfaits.

Le consommateur de vidéos était jusqu’à présent séparé de l’œuvre par trois types de barrières : la différence quasi ontologique qui le séparait des artistes professionnels, la présence de filtres sélectionnant les œuvres à produire et enfin la concentration des œuvres proposées et disponibles. Ces trois limites sont abolies par trois véritables révolutions qui viennent supprimer des intermédiaires pour mettre le consommateur directement en contact avec l’œuvre : ce sont les révolutions de la création, de la diffusion et de l’accès.

A une création et à une production dominées par des professionnels et contrôlés par elle est en train de se substituer, au moins en partie, un ordre hybride où amateurs et professionnel, spectateurs et artistes travaillent ensemble et parfois se confondent. Les œuvres sont ainsi non seulement partagées massivement, mais aussi reprises, utilisées comme matériaux créatifs et transformées en nouvelles œuvres, consacrant l’apparition d’une synergie culturelle inédite (II-A).

La multiplicité des intermédiaires fait place à une relation plus directe entre l’œuvre, sa genèse, sa conception, sa réalisation et ceux qui la consomment. L’émergence des œuvres procède sur YouTube d’une sélection collective méritocratique qui se substitue aux filtres traditionnels (II-B).

A la faveur de l’existence de catalogues d’œuvres sans cesse plus vastes et parfaitement accessibles, un marché de niches émerge pour les œuvres vidéos amateurs, faisant sortir la consommation culturelle du modèle dualiste ­— blockbusters hégémoniques contre oeuvres confidentielles — qui prévalait jusqu’alors. De plus, la consommation culturelle, désormais profondément inscrite dans les relations sociales et produite en son sein, pénètre plus profondément la population et devient moins concentrée sur quelques œuvres. (III-C).

Ainsi, toutes les dimensions de la diversité que nous avons pu identifier — variété, disparité, équilibre — se trouvent considérablement renforcées par les plateformes de streaming gratuit. Un plus grand nombre d’œuvres, de formats plus variés, sont produites par des créateurs plus nombreux issus d’horizons différents, et trouvent un public plus large.

Les sites d’hébergement apportent une nouvelle dimension à la production et à la consommation de vidéos, sans pour autant remplacer les œuvres et canaux traditionnels, et constituent un espace culturel propre.

Téléchargez l’étude complète ici : Rapport Youtube & diversité