Il est temps de dire la vérité sur le prix de l’énergie

Il est temps de dire la vérité sur le prix de l’énergie

(article publié dans Les Echos du 02/08/2012)

Les pouvoirs publics s’épuisent à courir deux lièvres à la fois : le maintien à un niveau artificiellement bas des prix de l’énergie – en témoigne la récente décision sur les tarifs du gaz -et les incitations fiscales aux économies. Il n’existe pourtant qu’un seul moyen d’encourager la migration de l’économie vers un fonctionnement moins gourmand en énergie : révéler le vrai prix de marché.

Sous la houlette d’économistes tels que Buchanan et Tullock, le courant économique du « public choice » a stigmatisé les déficiences de la décision publique, qui n’ont à beaucoup d’égards rien à envier aux très fameuses « déficiences du marché ». La question de l’énergie offre une surprenante illustration de ce genre d’attitude contradictoire des pouvoirs publics, enfermés dans la poursuite concomitante de deux objectifs incompatibles faute de vouloir choisir – et renoncer.

En décidant de limiter à 2 % (soit le niveau d’inflation, c’est-à-dire une stagnation en termes réels) l’augmentation du tarif réglementé des ventes de gaz et d’électricité, le gouvernement Ayrault n’est pas seulement passé outre l’avis du régulateur du secteur, la Commission de régulation de l’énergie (CRE), montrant au passage le peu de cas qu’il faisait de l’avis des « autorités » indépendantes ; il a surtout accentué l’ambivalence gouvernementale en matière d’énergie. Voilà en effet un Etat, la France, qui, d’un côté, subventionne massivement l’énergie électrique (à travers le maintien de tarifs régulés), et, de l’autre, encourage les économies d’énergie à travers maints dispositifs coûteux (dispositif de certificats blancs, crédits d’impôts pour travaux d’isolation…). L’Etat encourage ainsi à économiser l’énergie tout en maintenant de force cette énergie bon marché, ce qui permet de la dilapider impunément !

A vouloir courir deux lièvres à la fois, le gouvernement risque de revenir bredouille face aux électeurs. L’énergie bon marché tout d’abord : ce n’est un mystère pour personne, l’énergie va devenir plus rare et plus coûteuse au cours des prochaines décennies. Si le nucléaire permet de réduire considérablement la facture pour la France, l’analyse lucide des coûts d’entretien et de remplacement de cette énergie montre qu’un jour ou l’autre, d’une façon ou d’une autre, l’Etat, et donc le contribuable, devra payer plus. Subventionner aujourd’hui le prix de l’énergie s’apparente ainsi exactement à la même mécanique de procrastination que celle de l’endettement finançant des dépenses courantes : on offre aux citoyens un illusoire répit au prix d’une facture ultérieure bien plus lourde.

Second volet de l’erreur : négliger la réalité psychologique des effets incitatifs. Si un avantage fiscal constitue une incitation certaine à modifier son comportement, le maintien d’un prix bas constitue un signal exactement inverse, et ô combien plus puissant ! C’est le prix qui, sur un marché libre, régule la demande afin qu’elle soit au niveau de l’offre et réciproquement procure à l’offreur l’incitation suffisante à produire.

Il n’existe qu’un seul moyen d’encourager à la migration de notre économie vers un fonctionnement moins gourmand en énergie : révéler son prix. S’agit-il d’une décision difficile à prendre car elle alourdirait le budget des plus modestes ? Soit, mais précisément l’idée de tarification progressive (comprenons : fonction de la quantité consommée, avec probablement une modulation en fonction de la taille du foyer) avancée par le gouvernement constitue une piste intéressante réglant le problème essentiel de l’accès des plus modestes à un minimum énergétique sans remettre en question un renchérissement général du coût de cette énergie.

On ne peut que souhaiter qu’elle soit mise en oeuvre rapidement afin qu’en parallèle de ce dispositif d’allégement un discours de vérité et de cohérence soit enfin tenu aux Français concernant le prix de leur énergie.