Jean Zay, ministre du front populaire, résistant et martyr

Jean Zay, ministre du front populaire, résistant et martyr

Olivier Babeau et Roger Karoutchi. 2006. Jean Zay, ministre du front populaire, résistant et martyr. (ed. Ramsay)

 

Député radical de gauche à 27 ans, ministre à 31, Jean Zay fut emprisonné par le régime de Vichy, et vécu en reclus jusqu’à son assassinat par la Milice en 1944, à 39 ans. Il est une figure majeure de cette Troisième République des années trente qui a connu la montée des dictatures et finalement l’effondrement face aux fascismes. L’œuvre ministérielle de Jean Zay, malgré sa brièveté – elle ne dure pas quatre ans – est d’une exceptionnelle richesse : le festival de Cannes, l’ENA, le statut moderne des droits d’auteur, le CNRS, et même les bibliobus lui doivent leur existence ! Mais c’est surtout dans l’éducation que son action fut la plus considérable : avec une remarquable avance sur son temps, il a posé les bases de ce qui deviendra le système scolaire moderne. Si la guerre n’avait pas mis un terme à sa carrière, il est probable que Jean Zay aurait pu accomplir encore beaucoup, et jouer un rôle de tout premier plan dans la vie politique française.

C’est ce destin tragique que nous allons raconter : sa carrière politique fulgurante bien sûr, ses projets et son œuvre, mais aussi ses épreuves et ses faux-pas ; toute une vie qui fait de lui un des hommes politique les plus remarquables de son temps. En notre époque de crise idéologique profonde, il peut être utile de faire retour sur une période de l’histoire de France qui, plus que toute autre, a vécu l’angoisse du lendemain, les luttes et les  déchirements. La situation des années trente, à bien des égards, est comparable à celle que nous vivons aujourd’hui : l’historien y décèle la même lassitude démocratique, la même crise économique, la même désespérance populaire face à ses dirigeants. Retracer les erreurs de l’une pourrait bien être un moyen efficace pour éviter les mauvais pas de l’autre.

L’exemple lumineux des quelques grands hommes qui s’y sont battus pour les idées qu’ils croyaient justes doit nous éclairer. Jean Zay fait partie de ces grands hommes que leur parcours exemplaire place au-dessus des considérations de chapelle, des appartenances partisanes. Ni panégyrique ni instruction à charge, cet ouvrage se veut un récit fidèle quoique non universitaire de sa vie. En écrivant aujourd’hui sa biographie, il nous semble réparer une injustice : celle de l’oubli relatif dans lequel il est tombé depuis cinquante ans.